Nos absents nous accompagnent
 

Yves DUTEIL ( 1949)
 
Chanteur français, auteur-compositeur-interprète.  Yves Duteil commence son éducation musicale par l'apprentissage du piano avant de découvrir la guitare à l'adolescence. Après son bac, il étudiera – très brièvement – le droit avant de s'orienter vers la musique. Sa carrière fut vraiment lancée lors d'un concours où il remporta les prix du public et de la meilleure chanson.

 

Où s’en vont ceux qui nous manquent ?

Nous accompagnons leurs corps jusqu’en terre et puis après ?

Nous fleurissons leur mémoire, nous leur parlons comme s’ils étaient encore là, quelque part, inaccessibles mais présents, bienveillants et sages. Que ne donnerait-on pour une réponse, un conseil de leur part, un mot pour dire : « Je veille sur  vous » ?

Et il nous suffit de les évoquer pour qu’ils nous sourient dans notre plus beau souvenir, de leur visage le plus lumineux.

Nos absents nous accompagnent.

On ne peut rien leur cacher puisqu’ils nous regardent avec nos propres yeux. C’est une étrange et intime conviction que l’on ne peut partager qu’avec ceux que l’on aime, dans la confiance de n’être pas raillé, mais au contraire conforté.

Ceux qui nous manquent remplissent le vide de leur absence par une présence silencieuse et tendre. Toujours disponibles, ils sont auprès de nous, derrière nos paupières closes, dans les moments de doute et de peur, dans les joies profondes.

Dans la douleur de les avoir perdus, il y avait cette impuissance à les retenir, à les aider, à les accompagner. Dans le chagrin de leur absence, on a le sentiment d’être guidés par eux, de leur conférer un rôle qu’ils n’ont ainsi jamais perdu. En fermant leurs yeux, ils nous laissent leur regard, à la façon d’une boussole.

Peut-être ont-ils besoin, eux aussi, de nos pensées, de nos lumières pour éclairer leur route ?

Le chagrin n’est que le revers de l’amour.

Mais c’est encore de l’amour.

Qu’il serait « triste de n’être plus tristes sans eux… » !

Au Panthéon de nos cœurs, nos absents ont toujours raison.

Si l’on devait faire le portrait du bonheur, il aurait parfois le visage du chagrin et la quiétude bienveillante de ceux qui nous ont quittés mais qui veillent sur nous tendrement.

C’est une image apaisante pour s’endormir, pour s’orienter ou se perdre dans leur sourire.

Il y a un peu d’infini dans cet amour-là.

Ceux qui nous manquent semblent si sereins, si proches comme en apesanteur…

Est-ce qu’ils trouvent en nous leur chemin vers « Ailleurs » ?

Alors les vivants deviendraient la maison de ceux qui les ont aimés.

Et si un jour ils n’existent plus pour personne, auront-ils vraiment disparu ?

Se sentir aimé de son vivant, c’est savoir qu’il existe quelque part un « après », un moyen de poursuivre la route ensemble.

L’absence n’est pas qu’un vide.

C’est aussi de l’amour qui nous accompagne.

Servir encore, être utile à quelqu’un…

Un beau destin pour nos absents.

 

Yves DUTEIL (1949)

  

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